Nasu : balades en forêt, bains thermaux et délices épicuriens au cœur d’une destination unique
L’une des principales stations de villégiature de l’intérieur des terres du Japon, la région de Nasu, située au nord-est de la préfecture de Tochigi, s’étend en pente douce vers le sud-est. Elle descend depuis l’emblématique mont Chausu (1 915 m) et les autres sommets de la chaîne de Nasu jusqu’au bassin de la rivière Naka, connu sous le nom de Nasunogahara. Lieu de transition où la région du Kanto, au centre de l’île de Honshu, laisse place au nord-est du Tohoku, Nasu constitue une porte d’entrée pour les voyageurs depuis les temps anciens. Les couches de magma circulant sous le mont Chausu, unique volcan actif de Tochigi, sont la source thermique de sources d’eau chaude généreuses, recherchées par les visiteurs depuis leur mention originelle au VIIIe siècle. De plus, depuis l’achèvement de la villa impériale de Nasu en 1926, la région est devenue un lieu de villégiature et de ressourcement privilégié pour la famille impériale du Japon. Leur attachement à la sérénité de ces zones boisées ainsi qu’à la diversité de la faune et de la flore locales a inspiré tant leur poésie que leurs travaux de recherche.
Comme Nasu se situe à la jonction des plaines alluviales de Nasunogahara et de l’extrémité sud de la plus longue chaîne montagneuse du Japon, la région est une véritable corne d’abondance regorgeant de produits issus directement des champs et des forêts. Du lait et de la crème de Guernesey frais, ainsi que des fromages artisanaux, sont produits au cœur de pâturages vallonnés ; un héritage des domaines agricoles créés par la noblesse à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Ces liens historiques, conjugués à un siècle de présence impériale, ont fait éclore à Nasu une culture gastronomique sophistiquée, offrant un large choix d’hébergements haut de gamme et de tables d’exception. Randonneurs, cyclistes, golfeurs ou simples promeneurs y trouveront une relaxation profonde au milieu des forêts odorantes, des sources thermales aux vertus curatives et d’une offre culturelle raffinée. Les sources et les aquifères de la chaîne de montagnes de Nasu et du bassin de la rivière Naka se prêtent également à la production de sakés délicieux. Nasu couvre une surface correspondant à environ trois fois et demie celle de Paris intra-muros. Certaines parties de son territoire relèvent de la juridiction du parc national de Nikko.
Immersion dans la nature
Grâce aux recherches de la famille impériale et à son mécénat scientifique, des volumes de données précieuses ont été recueillis sur des milliers d’espèces de la faune et de la flore de Nasu, y compris celles classées comme vulnérables ou quasi menacées. Préserver cette biodiversité pour l’avenir est aujourd’hui une mission essentielle pour Nasu. En 2008, l’empereur Akihito, alors régnant, a cédé près de la moitié des terres de la villa impériale au ministère de l’Environnement. Désormais administré par le parc national de Nikko, ce vaste domaine de 560 hectares a ouvert ses portes au public en 2011 sous le nom de Forêt Nasu Heisei-no-mori, un lieu dédié à la découverte et à la compréhension approfondie de l’écologie forestière.
Forêt Nasu Heisei-no-mori
Le centre d’accueil (Field Center) propose des expositions sur le site et sert de porte d’entrée aux deux zones de la forêt : l’une centrée sur les loisirs, avec trois sentiers en boucle adaptés à différents âges et niveaux de forme physique ; l’autre dédiée à l’apprentissage et à la recherche, dont l’accès est limité aux visites guidées menées par des spécialistes. En hiver, des balades en raquettes accompagnées sont proposées dans la zone récréative. Jusqu’au milieu des années 1920, la zone d’étude était utilisée pour l’exploitation forestière et comme pâturage pour les chevaux, mais sous l’intendance de la Maison impériale, elle a commencé à retrouver son état forestier naturel. En tant que réserve naturelle dédiée, cette jeune forêt continue de s’épanouir aujourd’hui. Ceux qui veillent sur elle espèrent qu’un jour, cette partie de Heisei-no-mori comptera parmi les écosystèmes les plus préservés et les plus riches en biodiversité au monde.
L’héritage agricole de Nasu et ses célèbres eaux thermales s’apprécient avec la même intimité que si vous séjourniez dans votre propre villa privée. L’établissement de style auberge nasu mukunone transforme les ingrédients frais du jardin et de la ferme en une cuisine française contemporaine, et propose des suites indépendantes conçues pour vous permettre de ne faire qu’un avec la nature. À ne pas manquer : le jardin aquatique de l’hôtel, une création sur mesure de l’architecte Junya Ishigami. Bettei KAI, situé à proximité de la villa impériale, accueille les voyageurs dans des suites sereines qui respirent l’élégance japonaise. Quel que soit votre lieu de séjour ou de restauration, accompagnez vos repas d’un saké d’exception comme la marque Daina, brassée par Kikunosato Shuzo à partir de riz cultivé à Nasu et de l’eau pure issue des aquifères naturels du bassin de la rivière Naka.
nasu mukunone
Des savoir-faire à chérir
Pour rapporter un souvenir de votre séjour dans le nord-est de la préfecture de Tochigi, choisissez des objets artisanaux qui perpétuent des techniques ancestrales de manière inédite et actuelle. À Otawara, visitez l’atelier Kurobane Aizome d’Onuma Yuta, teinturier à l’indigo de huitième génération. Il utilise des pochoirs découpés à la main, la teinture par nouage (tie-dye) et d’autres procédés traditionnels de son métier pour créer des touches contemporaines uniques pour votre garde-robe ou votre décoration intérieure. Bien que de nombreux maîtres artisans du bambou renommés soient originaires de Tochigi, vous y trouverez également des objets utilitaires pour le quotidien. À Nasu, cherchez des paniers d’ikebana, des tamis et d’autres accessoires élégants tressés en bambou Shino. Et quel que soit votre style de poterie de prédilection, il y a de fortes chances que vous trouviez votre bonheur à Mashiko. Ses fours, en activité depuis 1853, ont acquis une immense renommée grâce au mouvement Mingei (arts populaires). Participez à un cours avec un potier ou prévoyez votre visite lors des foires de poterie du village du printemps et de l’automne, qui se tiennent généralement au début des mois de mai et de novembre.
Kurobane Aizome studio
Approfondissez votre voyage
Aucun séjour à Tochigi n’est complet sans une visite de Nikko. Située juste au sud-ouest de Nasu, elle attire pèlerins et voyageurs depuis le VIIIe siècle, époque où des moines ascètes cherchaient l’éveil spirituel au milieu de ses sommets, de ses cascades et de ses gorges. Les sanctuaires religieux qu’ils y ont fondés ont bénéficié du patronage des empereurs et des shoguns au fil des siècles, menant finalement au choix de Nikko par Tokugawa Ieyasu (1543-1616), fondateur du dernier gouvernement shogunal, comme lieu où son esprit serait divinisé après sa mort. Avec l’achèvement du sanctuaire Toshogu en 1617, Nikko est devenue l’un des sites de pèlerinage les plus célèbres du pays, un héritage qui perdure aujourd’hui. En 1999, les principaux sanctuaires et temples de Nikko ont été inscrits, avec leur écrin naturel, sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.
Découvrez le charme historique, culturel et spirituel de Nikko lors d’une visite privilégiée de l’enceinte du sanctuaire Toshogu, guidée par une miko (jeune fille du sanctuaire) ou un prêtre. Vous marcherez sous d’imposants cèdres, découvrirez l’architecture du complexe, admirerez certaines de ses sculptures décoratives les plus célèbres (dont les trois singes de la sagesse et le chat endormi) et assisterez à un rite shinto dans une salle autrefois utilisée par les shoguns Tokugawa. Cherchez l’emblème familial sur le plafond.
Nikko possédait également autrefois une résidence de villégiature impériale. Aujourd’hui classée Bien culturel important, avec des bâtiments s’étendant de l’époque des Tokugawa au début du XXe siècle, elle est ouverte au public sous le nom de Parc mémorial de la villa impériale Nikko Tamozawa. Juste à côté se trouve FUFU NIKKO, un complexe hôtelier paisible de seulement 24 chambres, chacune conçue pour s’imprégner de la verdure environnante. Poursuivez votre voyage vers l’ouest jusqu’à Oku-Nikko (littéralement le Nikko « profond » ou « intérieur ») pour explorer les hauts plateaux qui sont indissociables des origines de Nikko en tant que centre spirituel. Là, le Ritz-Carlton, Nikko se dresse sur les rives du lac Chuzenji, à quelques pas des chutes de Kegon. Depuis l’hôtel, profitez d’une vue imprenable sur le mont Nantai, la plus vénérée des montagnes sacrées de Nikko et cœur spirituel du massif Nikko Sanzan, aux côtés des monts Nyoho et Taro.
The Ritz-Carlton, Nikko
À vélo ou à pied au cœur du Japon rural
Un mot qui évoque la nostalgie pour de nombreux Japonais est satoyama, ces zones habitées qui s’étendent des vallées d’altitude jusqu’aux contreforts des montagnes. À l’image du lieu « par-delà la rivière et à travers les bois » où vivent les grands-parents, c’est là que la vie rurale demeure intacte, là où l’on compte encore sur les champs, la forêt et l’entraide pour subsister. Le vélo est un excellent moyen de découvrir de près ce cœur rural du Japon ; à Nasu, vous pourrez le faire tout en explorant de charmantes boutiques, des ateliers et des cafés nichés dans les bois.
Le cyclisme est si populaire sur ces hauts plateaux que des taxis équipés de porte-vélos peuvent être appelés en cas de crevaison. Pour une excursion en toute sérénité, profitez d’un circuit de neuf jours organisé par les spécialistes de Ride Experience. Vous serpenterez de Nasu jusqu’à Nikko à travers la campagne pittoresque du satoyama sur une période de six jours. Puis, après une journée de visite sur le site classé au patrimoine mondial, vous rejoindrez Mashiko et ses quelque 160 ateliers de poterie en voiture. Tout au long du parcours, vous visiterez des ateliers de vanniers, de teinturiers à l’indigo, de papetiers et de potiers, et même une ou deux brasseries de saké pour des dégustations. Chaque soir, des bains thermaux viendront récompenser vos efforts, tout comme de somptueux repas kaiseki mettant à l’honneur les saveurs de Nasunogahara.
Satoyama et artisanat : circuit à vélo NASU - MASHIKO
La haute saison de randonnée dans la région de Nasu commence début mai, lorsque les azalées, fleur de la préfecture toujours très prisée, parent le paysage de couleurs éclatantes. Jusqu’en septembre environ, Nasu accueille des oiseaux venus d’Asie du Sud-Est pour nicher et élever leurs petits ; au cœur de l’été, les forêts résonnent également du chœur strident des cigales. L’automne arrive tôt sur les hauts plateaux : dès la mi-septembre, les arbres commencent à changer de couleur pour atteindre leur apogée chromatique fin octobre. À cette période, les oiseaux migrateurs d’hiver commencent à revenir des contrées plus froides. Le faisan vert, oiseau national du Japon, peut parfois être aperçu cherchant sa nourriture dans les prairies automnales ou les champs moissonnés. Celui que vous verrez pourrait être un descendant de ceux relâchés par l’empereur Showa dans les années 1960 dans le cadre d’un projet de reproduction d’oiseaux sauvages, une pratique poursuivie par l’empereur Akihito et l’impératrice Michiko.
Pour des vues panoramiques, dirigez-vous vers le mont Chausu. Un téléphérique vous conduit jusqu’à 1 680 mètres ; de là, il faut environ 50 minutes de marche pour atteindre le sommet. Alternativement, un sentier de 40 minutes mène à un point d’observation où l’on peut témoigner de l’incroyable énergie de la montagne à travers ses fumerolles exhalant des vapeurs sulfureuses. Bien que le mont Chausu soit un volcan actif, son activité est étroitement surveillée pour garantir la sécurité des sentiers.
Nombre de grandes figures de la littérature japonaise, comme la poétesse Yosano Akiko et les romanciers Natsume Soseki et Tanizaki Jun’ichiro, furent séduites par Nasu et utilisèrent ses décors dans leurs œuvres. Sa nature préservée et son lien avec la villa impériale, conjugués aux bienfaits curatifs de ses eaux thermales, ont sans doute nourri leur élan créatif. À l’époque, Nasu était bien plus isolée ; aujourd’hui, le train à grande vitesse (Shinkansen) relie la gare de Tokyo à celle de Nasushiobara en seulement 70 minutes.